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Face à l'alcool, soyons tous responsables
Voici quelques souvenirs de l'histoire du début de la bière à TREGUIER racontés par Madame Camille Roux épouse Gautard. Un récit riche en émotions qui illustre aussi les premières heures de la commercialisation de la bière en Bretagne.
Mon
grand-père maternel
François ROUX né à ROZ SUR
COUESNON (35) près du Mont SAINT MICHEL en 1870 et
son épouse Anne Marie DAUMER née à
CHANTELOUP près du MONT DOL (35) font connaissance
à RENNES dans une famille bourgeoise où
ils travaillent comme cocher et lingère.
Cette famille bourgeoise Rennaise posséde une maison rue
COLVESTRE à TREGUIER et les domestiques la suivent durant
les vacances.
Mon grand-père fait son service militaire pendant 7 ans, car
à cette époque le tirage au sort
déssert les jeunes conscrits de famille modeste qui se font
payer pour remplacer les jeunes de milieu plus
aisé. Ma grand mère attend
donc le retour de son futur mari durant sept longues
années.
Les séjours à TREGUIER et sans doute les
observations que FRANCOIS a pu faire lors de ses
pérégrinations, le poussent à
entreprendre le métier de brasseur.
En 1900, mes grands-parents quittent RENNES et s'installent
à TREGUIER, venelle du collège.
TREGUIER est un port très actif où
transitent pommes de terre, bois, charbon....
Mon grand-père entrepenant, pense que la bière
est un produit d'avenir.
«De la bière dans un pays où l'on ne
boit que du cidre, c'est audacieux!».
Le couple crée le première brasserie de
la ville.
Ils emploient deux commis avec qui ils fabriquent la bière
à l'aide d'un manège actionné par un
cheval.
Ma mère MARIE née en 1900 et son frère
ROGER, leurs enfants, se souvenaient de voir ce
manège en action pour brasser la bière.
Le commerce est florissant. C'est le début du tourisme et
les livraisons des cafés, commerces et hôtels se
font sur la côte à l'aide d'une voiture
tirée par un cheval.
La bière ROUX de TREGUIER est donc
dégustée de TREVOU à LARMOR
PLEUBIAN en passant par PLOUGRESCANT,LA ROCHE JAUNE, PORT BLANC,
PLOUGUIEL, TREDARZEC et PLEUMEUR GAUTIER...
Puis mes grands-parents achètent une
propriété rue des PERDERIES où ils
installent une nouvelle brasserie plus grande.
Ils fabriquent également des eaux gazeuses
«dites sodas»et de l'eau de SELZ. Cette
eau était également mise en bouteille
à la brasserie.
Ils font aussi les livraisons de bois et charbon. Ce charbon provient
de CARDIFF et arrive par bateau au port de TREGUIER.
Ils créent à PAIMPOL une entreprise
analogue gérée par JULIEN ROUX le
frère de mon grand-père, mon parrain.
Mon grand-père est le premier à acheter
un camion à TREGUIER.
Au bout de quelques années, la fabrication de la
bière est abandonnée et mon grand-père
fait venir sa bière de la brasserie GRAFF de RENNES.
Actuellement le site de cette brasserie de RENNES est en
partie démoli pour la création d'une ZAC mais
trois des batiments seront conservés dans leur
intégralité: le silo à malt, les
batiments de production et la halle d'embouteillage et resteront ainsi
les témoins du passé de l'histoire de la
bière à RENNES.
En 1914, mon grand-père part à la guerre. Ma
grand-mère, un commis et un neveu ALBERT ROUX tiennent le
commerce. Ce dernier créera un commerce similaire
à TREGASTEL.
Mon grand-père blessé meurt en 1919.
Sa fille, Marie ROUX et son mari Jean ROUX (
décédé en 1931) qui
étaient mes parents, prennent
la suite du commerce de TREGUIER en 1922 .
Son fils Roger tient celui de PAIMPOL. Il exploitera ensuite
à TREBEURDEN l'entreprise des CARS VERTS.
Mais bientôt la concurrence s'installe.
Née en 1926, j'ai vécu jusqu'en 1945 rue des
PERDERIES dans le milieu de la bière.
Je me souviens des livraisons de bière en gros
tonneaux, bière de comptoir appelée
«BOCK» et bière de table .
L'arrivée de ces gros fûts est un
événement pour nous, enfants de la famille et
pour les enfants du quartier qui viennent assister au
déchargement du camion venant de RENNES.
Les tonneaux sont entreposés dans la cave, au rez de
chaussée du magasin à portée des
appareils de tirage et des appareils de lavage.
Un appareil perce le bouchon des fûts.
Des hautes bouteilles de gaz carbonique d' environ d'1 mètre
20 permettent le soutirage de la bière des
tonneaux grâce à un long tuyau de cuivre.
Les bières mises en bouteilles sont ensuite
stockées dans des caisses de bois.
Les fûts vides sont entreposés dans la cour (cf
photo).
Nous jouons beaucoup à courrir et à
sauter sur ces tonneaux.
Le jeu favori des enfants de la famille (MAURICE, CAMILLE,
MARIE- CLAUDE et JEAN PIERRE ) et des cousins (GEORGES, ROGER et YVES)
est de fabriquer avec les caisses
usagées un camion avec cabine et plateau. Les vieux pneus
tiennent lieu de fût de bière et la livraison
commence... Ces caisses font aussi de belles cabanes...
Les livraisons sont faites par deux camions. Malheureusement,
ces camions sont réquisitionnés pendant
la guerre et il faut recourir au service d' une jument
appelée «Cousine» et d'une charrette.
Imaginez le désarroi lorsque le cheval meurt faute de soin
à cause du couvre-feu...
DE 1934 à 1940, ma mère tient le commerce avec
Pierre LE GOFE, son second mari. En 1945, le commerce est vendu pour
raison de santé de ce dernier, revenu malade de 5 ans de
captivité en ALLEMAGNE.
La famille s'installe alors à PERROS-GUIREC.
Mon grand-père décédé
à 48 ans était un homme très
entreprenant, très généreux
et très aimé de la clientèle. Mon
oncle Albert ROUX négociant à TREGASTEL avait
beaucoup d'admiration pour lui et disait :
«S'il avait vécu plus longtemps,
jusqu'où serait-il allé?»
Camille Roux épouse GAUTARD